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Rencontres

Toutes nos Rencontres sont autant de Voyages...

Notre Vie est un Chemin : vivre et marcher, c'est la même chose...
Se Rencontrer et se Multiplier, c'est pareil...

Que serait notre Chemin sans ces Rencontres jamais fortuites et toujours si précieuses d'un mois, d'une journée, d'une minute ?

Comment donc pourrions-nous prétendre enfin Voyager sans plus jamais partir en voyage sans ces Liens à la fois si fugitifs et si indestructibles qui se tissent là, à notre insu, sous l'orage et le vent, au bord de la route ?

Oui, que serions-nous donc ?
De pauvres porteurs de sacs à dos, sans doute.
Une route de solitude bordée de ravins, c'est sûr.
Une impasse, évidemment.


On ne connaît bien que ceux que l'on apprivoise , dit le Renard : ces minuscules gorgées d'Eternité bues ensemble à même le puits, ces chapelets de Prières égrenés côte à côte au milieu de la nuit, ce dernier morceau de Taguella brûlante partagée sous la Voie Lactée ne sont-ils pas autant d'instants où nous reprend la Rage de Vivre et le dégoût de se résigner à survivre ?

Oh oui, mon Compagnon de Route, mon autre moi-même, c'est sur cette natte à même le sable que je veux continuer de rêver ma Vie, c'est dans le Silence millénaire de ce monastère que je veux continuer de Vivre mes Rêves...

A cheval ici, vers les Confins des Hauts Plateaux tibétains ou séquestrés là-bas, au volant de notre voiture...
Lèvres implorantes sur les rebords du Désert ou hommes-robots des villes simplement là, juste là: derrière nous, dans une file d'attente de plus, se cache peut-être, anonyme, une rencontre inoubliable, un Ami de toujours...


Si "le Hasard, c'est le nom que prend Dieu pour rester anonyme", alors (toutes...) nos rencontres passées et futures sont autant de Balises qui Illuminent ces nouvelles étapes à franchir, autant de Mains tendues vers ce nouvel obstacle à grandir, autant de Boussoles pour le Coeur sans lesquelles nous ne serions que des vagabonds sans But, condamnés à errer sans fin dans toutes les Voies sans Issues de nos Vies...

Liens à créer et Familles à venir, je vous aime déjà...
Passeurs d'étapes de la Vie et Amis que je ne reverrais plus jamais, je vous porte encore dans mes bagages...
Frères de mes Chemins de Traverses dont j'attends de croiser le pas, sans le savoir, vous m'accompagnez déjà...

Enfants hallucinés des bidonvilles ou nomades des montagnes oubliées, femmes des dunes ou fantômes des mégalopoles démesurées, vous allégerez mon Fardeau, je porterais votre Croix...

Destinées qui se croisent et carrefours qui se creusent, toi, moi : par simple Amour de ce "Nous" à mûrir, quelque part, une nouvelle Rencontre va bientôt Naître, une Nouvelle Route bientôt Apparaître...

Sans rien attendre, sans rien faire que marcher, j'arrive, Libre, sans rien attendre que vous rencontrer.

F.X.P.

© François-Xavier Prévot 2007.
Monastère de Rongbhuk, 4.800 mètres,Tibet.

Plus jeune gardienne du plus haut monastère du monde, le monastère de Rongbhuk, 4.800 mètres, Tibet, 11 octobre 2001.

Petite fille tibétaine de 6 ans, je ne connaîtrais jamais ton prénom...
Si petite gardienne de ce si haut monastère, perché à 4.800 mètres d'altitude, au Tibet, tu as été, sans le savoir, mon plus beau cadeau d'anniversaire...

Moi, l'homme qui venait d'avoir 41 ans, le touriste occidental à la peau blanche échoué au beau milieu de l'Himalaya, il m'aura fallu changer toute ma vie, partir complètement à l'inconnu pour parvenir enfin là, sur le Toit de ton Monde, totalement épuisé par cinq jours de marche et de chevauchée fantastique sur mon mulet pour te rencontrer...

Moi, le marcheur hypnotysé par les Grands Espaces et les forêts de montagnes qui chatouillent la Voie Lactée, je venais de consacrer toute une journée d'anniversaire à contempler la face nord de Chomolungma, "Déesse-Mère-des-Neiges", la plus haute montagne du Monde...

La Lumière était ici, la Lumière était là, la Lumière était partout en moi.
Inondé par tant d'Energie, éclaboussé par tant d'Amour, j'ai continué d'oser (il faut toujours oser).
Oser entrer dans la seule partie du Monastère de Rongbhuk qui ait été épargnée par les bombardements de l'Armée Chinoise.
Oser pousser la porte de ta maison.
Pénétrer dans ton si petit chez toi, au pied de ces si hautes montagnes...
Me croyant déjà revenu dans les Ténèbres, je n'ai d'abord rien vu. Au bout d'un long moment, j'ai enfin entr'aperçu la flamme agonisante d'une bougie qui vacillait, seule, accrochée à un mur noir de suie.
Et c'est là, soudain, dans cette pâle auréole, que tu m'est apparue...

Plus jeune gardienne du plus haut monastère du monde, je me souviendrais toujours de cette éclatante apparition : le beurre de yak de tes cheveux transformés en "dread lock" sans le vouloir, le cuir tané de ton pantalon en peau de mouton, ton regard si vif et si brillant, et la façon déjà si féminine de garder sur ton coeur la petite bourse de velours dans laquelle tu gardais jalousement tes maigres économies en buvant ton thé au beurre salé.

Petite fille tibétaine, tu ne sauras sûrement jamais que, depuis ma nouvelle vie, moi, le "deux-fois né" et photographe par la Force des Choses, tu accompagnes de ta Présence bienveillante et tellement espiègle toutes mes expositions photos...
Petit Ange de l'Himalaya, tu ne sauras sûrement jamais que la photo que j'ai prise de toi illuminera pour longtemps, longtemps encore, à l'autre bout du Monde, le Coeur de tant d'êtres humains en Quête d'un peu de Lumière...

© François-Xavier Prévot 2007.
Village d'Enfants SOS de Mopti

Adia, Village d'Enfants SOS de Mopti-Secoura, Mali, 11 janvier 2004.

9 heures du matin.

Comme tous les jours à la même heure, Moussa Coullibally, le sympathique et très dynamique nouveau Directeur du Village d'Enfants SOS de Mopti, "la Venise malienne", au bord du fleuve Niger, pénètre à pas rapides, souriant, dans son bureau.
A peine essoufflé par ses 11 km de jogging quotidiens entre le "Village" et la mosquée où il va prier cinq fois par jour, il vient de troquer son survêtement au profit de son costume cravate.
La réunion du jour avec le "staff" du Village, composé de tous les instituteurs et "Mères SOS" de remplacement peut commencer...

11 heures 35.

Comme tous les jours à la même heure depuis que ses parents l'ont abandonnée quelque part dans les bidonvilles de Mopti, Adia, adorable petite fille malienne de 5 ans, sort de l'école de son nouveau "Village" et se précipite en silence dans la cour de récréation, habillée de son anorak rouge et un peu frigorifiée par "l'hiver" africain : il ne fait "que" 32 degrés ce matin...

Comme tant d'autres enfants abandonnés comme elle, on vient de lui donner une nouvelle maman. Une mère de remplacement, baptisée "Maman SOS".
Une "Maman SOS", déjà mère elle-même de huit ou douze enfants déjà, qui devra pourtant laisser ses propres enfants et les confier à un proche parent, pour nourrir et éduquer, aimer et instruire, pendant trois semaines par mois, une dizaine d'autres d'enfants qui, au fil des jours et des mois, deviendront aussi les siens.

Comme 120 autres enfants maliens abandonnés et recueillis dans ce Village d'Enfants SOS, une ONG présente dans plus de 120 pays dans le Monde, Adia y suivra des cours de français et de géographie, de maths et d'histoire et deviendra un jour, elle aussi, une superbe femme malienne et maman, à l'écoute des "S.O.S" de tous les autres enfants qui n'auront peut-être jamais, comme elle, la chance d'avoir eu des parents...

Comme tant d'autres millions d'enfants abandonnés chaque année sur la Planète Terre, moi, le "Toubabou" d'aujourd'hui et le petit garçon abandonné d'hier, même si un Désert et un mer nous séparent, je pense encore à toi, si jolie petite Adia...

© François-Xavier Prévot 2007.
Dunes de Merzouga, Maroc.

Dunes de Merzouga, Erg Chebbi, Maroc, avril 2007.

Vendredi 13 avril, 17h37 :

Nous voici de retour à notre Campement, après une journée entière de marche le long du Lac des Flamands Roses, lac vert et bleu blotti au creux des dunes de l'Erg Chebbi.

Hassan, mon Frère du Désert marocain, vient de terminer la mise en place de la table "Spéciale V.I.P." pour le dîner de ce soir : Abdelhassam, Hamo, Rajâa, Abdelhajid et moi-même pouvons nous installer tranquillement pour manger notre tajine aux olives et aux citrons confits, tout en buvant une bouteille de vin rouge marocain délicieusement chambré, un Sahari Cuvée Réservée de 1998.

Et admirer, en remerciant Allah, le coucher du soleil de ce soir sur les Dunes du Désert marocain.

Hamdulilla...
Montagnes de Moldavie-Bucovine, Roumanie.

Montagnes de Moldavie-Bucovine, Roumanie, juin 2006.

Mercredi 9 juin, 15h43 :

Hanna, 86 ans, ancienne femme bûcheron pendant plus de 30 ans, vit sans eau courante ni éléctricité, dans la plus complète solitude, en pleine montagne, à moins de 5 km de la frontière avec l'Ukraine et à deux jours de charrette du village le plus proche.
C'est une femme Houtsoul, peuple slave des montagnes, originaire de Galicie, au sud de la Pologne.

Hanna, adorable et si généreuse vieille femme roumaine au regard si jeune et si pétillant, me montre fièrement et avec quelques larmes, la photo de son mari et de sa belle-mère, juste après son mariage.

Ils sont tous deux décédés aujourd'hui. Une vie entière comme femme bûcheron, pendant plus de trente ans, pour remplacer son mari, victime d'un accident dans la forêt, à qui on a du mettre une jambe de bois.

Sa fausse jambe ne l'a pas empêché, pendant près de quarante ans, de battre sa femme et de boire chaque mois presque tout l'argent du ménage, avec quatre enfants à charge...

Aujourd'hui, sur ses quatre fils, un est mort en couche, l'autre décédé il y a quelques mois d'un accident de la route, un troisième qui refuse de la voir : il ne reste donc à Hanna qu'un seul et unique fils, le seul qui accepte, de temps à autre, de marcher de longues heures dans la montagne pour voir sa mère...

Une vie entière faite de solitude, de souffrances, de courage, de labeur inlassable et de peines.

Et pourtant, le sourire, la Lumière et la Foi, toujours, jusqu'à la Fin...

© François-Xavier Prévot 2007.